Le président de la République française incarne la plus haute fonction de l'État. Son rôle est encadré par les articles 5 à 19 de la Constitution du 4 octobre 1958, modifiée à plusieurs reprises (notamment le quinquennat en 2000). Voici un panorama complet de ses fonctions, pouvoirs et du mode d'élection.
1. Bases constitutionnelles du pouvoir présidentiel
Le régime présidentiel français est défini par le titre II de la Constitution :
| Article | Contenu |
|---|---|
| Art. 5 | Le président veille au respect de la Constitution, arbitre entre pouvoirs, assure continuité de l'État |
| Art. 6 | Le président est élu pour 5 ans au suffrage universel direct |
| Art. 7 | Mode de scrutin : scrutin majoritaire à deux tours |
| Art. 8-13 | Nomination du Premier ministre, des ministres (art. 13 al. 3 : avis obligatoire du Parlement) |
| Art. 14-19 | Pouvoirs propres : nomination diplomatique, promulgation des lois, dissolution, référendum |
2. Le scrutin présidentiel en France
2.1. Principes du scrutin
- Durée du mandat : 5 ans (quinquennat depuis la réforme de 2000)
- Mode de scrutin : majoritaire uninominal à deux tours
- Électeurs : tous les Français et Françaises inscrits sur les listes électorales (+ ressortissants UE pour municipales et européennes)
- Candidature : 500 parrainages d'élus minimum (art. L. 412-2 Code électoral)
2.2. Déroulement des deux tours
Premier tour (dimanche) : tous les candidats se présentent. Sont retenus pour le second tour les deux candidats ayant obtenu le plus de voix, à condition d'avoir au moins 12,5 % des électeurs inscrits.
Second tour (dimanche suivant) : scrutin direct entre les deux finalistes. Le/la candidat·e arrivé·e en tête est élu·e.
2.3. Cas particulier : décès, empêchement, retrait
Si un·e candidat·e décède ou se retire avant le 1er tour, le Conseil constitutionnel reporte l'élection. Si l'événement survient entre les deux tours, seul·le le/la remplaçant·e peut être candidat·e au second tour (art. 58 du Code électoral).
3. Les pouvoirs du président
3.1. Pouvoirs propres (sans contreseing)
Article 19 de la Constitution : certains actes présidentiels n'ont pas besoin de contreseing du Premier ministre :
- Dissolution de l'Assemblée nationale (art. 12)
- Recours au référendum (art. 11)
- Message au Parlement (art. 18)
- Nomination de 3 membres du Conseil constitutionnel (art. 56)
- Pouvoirs exceptionnels (art. 16, en cas de crise grave)
3.2. Pouvoirs exercés conjointement avec le gouvernement
Articles 21-25 de la Constitution : ces actes nécessitent un contreseing du Premier ministre :
- Promulgation des lois (art. 21)
- Nomination aux emplois civils et militaires (art. 13)
- Convocation du Parlement en session extraordinaire (art. 29)
- Signature des décrets et ordonnances (art. 21)
- Accréditation des ambassadeurs (art. 14)
4. Pouvoirs spécifiques du président
4.1. Pouvoirs en politique intérieure
- Conseil des ministres : présidé par le président, fixe l'ordre du jour (hebdomadaire)
- Dissolution : droit de dissoudre l'Assemblée nationale (art. 12) — utilisé à 5 reprises sous la Ve République (De Gaulle 1962, 1968, Chirac 1997, Macron 2024, 2024)
- Référendum : droit de consulter le peuple sur un projet de loi (art. 11)
- Pouvoirs exceptionnels (art. 16) : en cas de crise grave menaçant les institutions, le président prend « les mesures exigées par les circonstances »
4.2. Pouvoirs en politique étrangère
- Représentation de la France à l'étranger (art. 52)
- Accréditation des ambassadeurs (art. 14)
- Négociation et signature des traités (art. 52-53)
- Commandement des forces armées (art. 15)
- Conseil de défense et de sécurité nationale
- Force de dissuasion nucléaire : décision d'emploi
4.3. Pouvoirs en politique judiciaire
- Nomination de 3 membres du Conseil constitutionnel (art. 56)
- Droit de grâce (art. 17) : pouvoir de gracier un condamné individuellement
- Immunité présidentielle : pendant le mandat, le président ne peut être poursuivi, sauf procédure de destitution (art. 68)
5. La cohabitation
Période durant laquelle le président et la majorité parlementaire sont d'orientation politique différente (1986-1988, 1993-1995, 1997-2002) :
- Le président conserve ses pouvoirs propres (dissolution, référendum, art. 16, diplomatie, Défense)
- Le Premier ministre prend la main sur la politique intérieure (art. 21)
- Les nominations des ministres passent par le Premier ministre
Cette situation a été rendue plus rare depuis le quinquennat (synchronisation des élections présidentielles et législatives).
6. Les présidents de la Ve République
| Président | Mandat | Parti | Durée |
|---|---|---|---|
| Charles de Gaulle | 1959-1969 | UNR | 10 ans (septennat) |
| Georges Pompidou | 1969-1974 | UDR | 5 ans |
| Valéry Giscard d'Estaing | 1974-1981 | UDF | 7 ans (septennat) |
| François Mitterrand | 1981-1995 | PS | 14 ans (2 septennats) |
| Jacques Chirac | 1995-2007 | RPR-UMP | 12 ans (2 mandats) |
| Nicolas Sarkozy | 2007-2012 | UMP | 5 ans (quinquennat) |
| François Hollande | 2012-2017 | PS | 5 ans (quinquennat) |
| Emmanuel Macron | 2017-2027+ | LREM-RE | 2 quinquennats en cours |
7. La démission et la destitution
7.1. Démission
Le président peut démissionner à tout moment (art. 7 dernier alinéa). Sous la Ve République : un seul cas : Valéry Giscard d'Estaing n'a pas démissionné, mais Nicolas Sarkozy ne l'a pas fait non plus. Seul Mitterrand a annoncé en 1981 qu'il ne briguerait pas de 3e mandat.
Démission effective : Chaban-Delmas (Premier ministre) a démissionné. Niveau président : aucune démission sous Ve République.
7.2. Destitution (art. 68)
Procédure de destitution introduite par la révision constitutionnelle du 23 février 2007 :
- Saisie du Parlement par une majorité simple (Assemblée + Sénat)
- Vote à 2/3 des deux assemblées
- Pas applicable : empêchement temporaire (soins), incompatibilité judiciaire
Aucune destitution jamais prononcée sous la Ve République.
8. Transition et intérim
En cas de vacance (décès, démission), l'intérim est assuré par le président du Sénat (art. 7 dernier alinéa). Ses pouvoirs sont limités :
- Pas de dissolution
- Pas de référendum
- Pas de pouvoirs exceptionnels (art. 16)
- Pas de nomination des ministres
Élection présidentielle organisée dans un délai de 20 à 35 jours.
9. Foire aux questions
9.1. Le président peut-il être à la fois chef de l'État et du gouvernement ?
Oui en pratique (Ve République actuelle), mais la Constitution lui confie surtout des pouvoirs d'arbitrage et de représentation. L'exécution de la politique relève du Premier ministre (art. 21).
9.3. Combien de mandats maximum ?
Aucune limite constitutionnelle. François Mitterrand et Jacques Chirac ont été élus deux fois. Seul le quinquennat (5 ans) est en vigueur depuis 2000.
9.4. Qui préside le Conseil des ministres ?
Le président de la République. En cas d'absence, le Premier ministre préside (art. 21).
9.5. Le président peut-il refuser de promulguer une loi ?
Non. Le président doit promulguer dans les 15 jours suivant l'adoption définitive (art. 21). Il ne peut refuser, sauf saisine du Conseil constitutionnel.
9.6. Quel est le rôle exact du président en temps de cohabitation ?
Concentré sur les pouvoirs propres (art. 12, 11, 16, 52-55), le président laisse au Premier ministre le soin de définir la politique intérieure.
9.7. Le président commande-t-il directement l'armée ?
Oui, selon l'article 15. Il préside les conseils de défense et de sécurité nationale. En pratique, l'exécution opérationnelle relève du chef d'état-major des armées.
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